mercredi 12 octobre 2011

Rougay mexicana de Michel Gironde


Rougay mexicana

A André Robèr, le « Ponge tropical »[1]


Déplacement. Jeune, je suis parti à la conquête de l’Ouest, d’abord de la Réunion vers la France (« A nous deux, Paris »), où je n’ai finalement conquis qu’une grisaille intérieure, abruti par l’étude fade et aride de mathématiques « supérieures » et « spéciales », puis de la France vers le Mexique où j’ai été ému par l’irruption frénétique de couleurs et de saveurs réveillant des sensations qui avaient hiberné en métropole.
Le Mexique, un pays étranger ? Il faudrait revoir la notion de frontière… Arriver dans un pays, pour tout amateur viscéral de rougay comme moi – et tout bon Réunionnais l’est forcément –, où sur toutes les tables trône la salsa mexicana, sœur jumelle de la rougay, c’est la révélation d’être accueilli par un autre chez soi inconnu à l’autre bout du monde.
La première chose à faire en arrivant au Mexique, c’est d’aller dans une taquería pour y déguster des tacos al pastor avec de la salsa mexicana et de la salsa verde : rouge orangé et vert onctueux des sauces, jaune volant de l’ananas, marron-noir grésillant des chairs juteuses – un festin de fauves,  une orgie fauviste.
Connaître, c’est modifier ce que l’on veut connaître, c’est l’ingérer, le digérer et se modifier soi-même. Le Nouveau Monde a modifié en profondeur la vision que le monde avait de lui-même. Devant la brutalité de la découverte, il a fallu connaître et se connaître autrement. Et la révolution, de façon centrale, est passée par les palais.
A la base de la rougay et de la salsa mexicana, cette merveille de la nature et grande voyageuse : la tomate. « Tomate » est un mot sans-frontière, provenant du nahuatl tomatl et xitomatl (jitomate en mexicain) et en franchissant avec légèreté les barrières linguistiques, devient tomato (en anglais), tomate (en allemand, espagnol, français et portugais), tomat (en danois, norvégien, suédois et estonien) et tomaat (en néerlandais). Exceptions notables : pomodoro (en italien) et pomidor (en polonais), qui rappellent encore, cependant, le Nouveau Monde. Dans « Pomme d’or » persiste la trace de l’utopie d’El Dorado qui, parce qu’elle n’a pas de lieu (u topos), voyage. Hercule, après tout, n’a peut-être volé aux Hespérides que des tomates. Cette fameuse pomme d’or a accompli dans le temps un extraordinaire périple. Originaire des régions andines côtières du nord-ouest de l’Amérique du Sud, elle est domestiquée par les Mexicains et, via la conquête d’Hernán Cortés, gagne l’Europe au XVIe siècle pour rejoindre la Réunion au XVIIIe siècle, avec les premiers colons français. Une fois la tomate à la Réunion, l’extraordinaire invention de la rougay, qui reste un mystère, rejoint l’île. Viendrait-elle du Mexique, transportée, tel un secret miraculeux dans son Arche d’alliance, vers l’est, d’abord vers les Philippines, puis vers l’Inde pour enfin atteindre l’Île Bourbon ? Les chercheurs de Wikipedia se perdent en conjectures…
Comme recette pour la rougay, voici ce que présente Le Petit Livre d’or de la cuisine réunionnaise :
Ingrédients : 3 belles tomates (volées à Hercule ?), 1 oignon, 2 à 3 piments, persil, oignons verts, sel et poivre, huile
… Déjà se pressent le mariage paradoxal de la fraîcheur acidulée, de la corruption des sucs vénéneux et de l’explosion gustative…
Couper finement les oignons
Couper les tomates en petits morceaux
Hacher finement les oignons verts ou le persil
Piler le piment avec le sel ou le poivre
… Le dimanche, ma mère jetant dans le mortier noir et rugueux une poignée de gros sel, puis quelques piments rouges et verts, qu’elle pile vigoureusement avec ce mouvement atavique qu’elle amena dans son bagage culturel à la Réunion, le tambour du mortier résonnant sourdement sous les coups du pilon et cette fragrance corrosive s’échappant du tam-tam pour s’emparer de mes papilles, et moi, enfant, observant patiemment et aimant passionnément…
Dans un petit récipient mélanger
Les oignons les tomates et les épices
Ajouter l’huile et mélanger
Et que manger avec cette rougay, une fois préparée ? A savourer absolument, un des mets traditionnels réunionnais : la rougay de saucisses (une autre rougay : j’en parlerai un autre jour) avec du riz, des haricots noirs et l’obligée rougay de tomates : délice du gourmet et du goinfre, l’esclave noire jouant avec le feu sur le lit virginal, nature vivante tropicale. Stimulation du désir ? Rien de moins sûr, car la consommation de rougay encourageant de plus en plus les papilles gustatives, on ingère une grosse quantité de riz et de saucisses : une fois la panse (exagérément) remplie, il n’est pas évident que la vertu (le vice) érotique du piment fasse correctement son office. Et que dire de la riche palette de sensations éprouvées à manger de la rougay ? La tomate : une immersion dans l’eau pure et glacée d’un bassin de cascade. Volcan souterrain du piment. Une nuit sur le Mont Chauve des épices : œillades traîtresses du gingembre, vaporisation enchanteresse du combava, fraîcheur persillée de la forêt arthurienne de Marla.

La rougay est un monde dans un monde
Un Popocatepetl de saveurs dans une fournaise d’odeurs
Un tableau de Ribera dans un cari bringelles
Et la ronde des piments mexicains
Chiles chilaca güero habanero jalapeño manzano poblano serrano verde…
Pour rompre la solitude du piment créole


[1] Expression de Daniel-Henri Pageaux

lundi 10 octobre 2011

Dann ron pou mèt an lèr Langaz èk lékritir Carpanin Marimoutou

Dann ron pou mèt an lèr Langaz èk lékritir
Carpanin Marimoutou

Kabar K'A pou Carpanin
Espace Leconte de Lisle (St Paul )
  le 21 octob 2011 20h15
Sobatkoz dosi lékritir Débat sur l'œuvre de
Carpanin Marimoutou

Salon lansien Méri Sind-ni lo 25 oktob 2011
Ek koudmin la vil Sind-ni
Sat i koz
- Valérie Magdelaine : "Sur quel pied Shiva danse-t-il ?" (présentation générale)
- Daniel-Henri Pageaux : « "Habiter poétiquement cette terre". Pour une lecture croisée de la pensée critique et de la poésie de Carpanin Marimoutou » (texte lu par nos soins)
- Pascale Hermann : « Approches d'un cyclone absent, une épopée entre ciel et eau. Du politique au poétique ».
- Frédérique Hélias : « Le corps de l'île : racines et signes dans l'œuvre poétique de Carpanin Marimoutou »
- Patrick Quillier : « Qu'est-ce qui parcourt la violence des voix ? : Carpanin Marimoutou en écoute profonde ».


Salon de l 'ancien hôtel de ville de St Denis
le 25 octobre 2011 18h 30
En partenariat avec la ville de St Denis

http://editionska.com/

Editions K'A
2, Carrer Julien Panchot
F-66130 Ille-sur-Têt France

Site d'André Robèr

Pwu kosa nou lé la, Pourquoi un blog

Pou kozé, pou alé pli vit. Pou bann dalon i kas la blag dosi mon travay épisa dosi sak mwin lantrinfé.
Pour parler pour échanger plus vite. Pour que mes amis échanges sur mon ravail et sur ce que je fais.
Sak i koné pa mon sit i gingn trap ali la
Ceux qui ne connaissent pas l'adresse de mon site peuvent le trouver la
http://www.a-rober.com/
Sak i koné pa ladres zédisionka alalila
http://www.editionska.com//

Bibliographie de André Robèr

Fonnkèrs

Fonnkèrs pou lo zié

Ouvrages collectifs, revues

Etude sur les écritures d'André Robèr / Entretien

Lectures indiaocéanes Essais sur les francophonies de l'Océan Indien Daniel Henry Pageaux Librairie d'Amérique et Orient Jean Maisonneuve Paris 2016 ISBN 978-2-7200-1214-3 Pages 314 à 318

Mange Monde N°10 Cordes sur Ciel 2016 Editions Rafael de Surtis (ISBN 978-284672-398-5) Entretien Pages 65 à 81

Enregistrements audio

  • Le Grand os no 1" CD audio inclus Edith Azam André Robèr
  • Tout domoune isi lé kréol " CD audio André Robèr collection Poèt Larénion no 14 DCC28 Improvisations musicales "Cathy Heyden"

Participations festivals de poésies

  1. Urgence Poésie #2 juillet 2016 Lodève https://poetpsy.wordpress.com/2016/07/01/urgence-poesie-lodeve/
  2. 4a festival de otono de poesia y del libro Grenada Spain
  3. Kabar pou Alain Lorraine Théâtre les Bambous Saint Benoît 3 octobre 2015
  4. Kabar K'A pour les quinze ans des éditions K'A Théâtre les Bambous Saint Benoît octobre 2014
  5. Festival de la parole poétique Quimperlé mars 2014
  6. Poésie Marseille octobre 2012
  7. Festival Perforeilles Théâtre le hangar Toulouse 2011
  8. 3 décembre 2010 Kabar K'A Théâtre du grand marché St Denis Réunion
  9. 18 mai 2009 Lecture pour la MCUR "Kréyol factory"
  10. 10 octobre 2009 kabardock le port Réunion Kabar K'A pour les dix ans des éditions K'A
  11. 18 juin 2008 Jazz au zèbre Paris (performance avec Hélène Breschand et Thierry Balasse)
  12. Janvier 2006 Cave poésie Toulouse
  13. Juillet 2005 Festival de Lodève
  14. Octobre 2004 Maison des provinces de France (cité universitaire) Paris
  15. VAC Ventabren Art Contemporain Plusieurs lectures
  16. 2004 kabar K'a ARCC Paris
  17. Café Julien Marseille 27 mai 1998 kabar poèm
  18. 17 mai 1997 Poésies et frontières (Menton)
  19. Juillet 1998 Poétiks de Manosque
  20. 25 octobre 1996 Aspect de la poésie réunionnaise CIPM Marseille

Participations expositions de poésies visuelles

2015 2 ème Biennale de poésie visuelle Galerie (13) TREIZE Ille sur Têt France

2015 1ère biennale de poésie visuelle in Mato Grosso do sul Brazil http://www.flims.org.br/miragens.html

2014 Exposition de poèmes visuels Festival de la parole poétique Clohars Carnoet France

2013 1 ère Biennale de poésie visuelle Galerie (13) TREIZE Ille sur Têt France

2009 Kréyol Faktory La villette Paris

2003 VAC Ventabren Art Contemporain Ventabren France

2002 Biennale poésie visuelle France Japon Galerie Oculus Japon

2002 Ecole des Beaux arts La Réunion

2002 Karo kozman Art sénik La Réunion

Catalogues peintures, dessins

Livres d'artistes